Derrière la vérité

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Un des défis de l’artiste qui se trouve loin de ses outils habituels est de poursuivre sa recherche et sa production, trouver de nouvelles avenues à explorer sans toutefois perdre ses repères.




    Voilà donc ce que qui m’attendais alors que je déménageais à Matane à l’automne 2019 afin d’enseigner les arts au cégep. Il fallait que je trouve un moyen de continuer ce que j’avais entamé sans avoir accès à mon atelier de production de céramique dans Les Laurentides. J’ai fait des recherches afin de voir s’il était possible de partager un atelier avec d’autres sculpteurs-céramistes, mais cette voie s’est vite révélée assez complexe. Je me suis donc mis à explorer d’autres moyens de production et de diffusion. J’ai donc envoyé plusieurs dossiers aux centres d’artistes de la région et j’ai réussi à intégrer une galerie à Rimouski, Alarie Art contemporain. Mais la difficulté résidait toujours dans la production.




    Après avoir réfléchi, je me suis dit qu’il fallait que j’utilise les ressources facilement disponibles. Or, Matane est reconnu pour sa technique en photographie au cégep, et son centre d’artiste Espace F. Je me suis donc dit que le travail sur les postes performants de l’école équipé des dernières versions des logiciels de montages comme Photoshop était une bonne avenue. De plus, ce travail allait dans le sens de mon enseignement, et me permettait de réviser des notions avec lesquelles je n’avais pas travaillé depuis longtemps.

    Pour ce qui est de l’impression, je me suis dit que cela serait un bon prétexte d’aller rencontrer l’équipe d’Espace F. Je fus très bien accueilli, et Mathieu fit un excellent travail d’impression. Voici donc les prints, fraîchement sortis!




    Je peux maintenant vous parler de mon processus de création pour ce projet en particulier. Comme je suis un artiste qui travaille principalement le procédé matriciel et le sampling, il était tout naturel pour moi que je trouve une base existante à mon travail. Je me suis donc mis à la recherche d’images dans diverses sources, principalement des revues érotiques et des livres de la bibliothèque du cégep.  





    Il faut aussi savoir que ce projet avait comme objectif la participation au salon d’art érotique de Montréal. Depuis mon entrée à la maîtrise, l’érotisme est un thème central dans ma recherche. Je crois celui-ci ne passe pas uniquement par la sexualité humaine, bien que celle-ci en soit une des fortes formes de représentation. L’érotisme pour moi est caractérisé par le détournement et la mise à nue. Il s’agit de changer la raison qui sous-tend une action pour la transférer à une autre, sans toutefois perdre de vue la forme originale. La sexualité sans reproduction en est évidemment un bon exemple. Il s’agirait donc de la forme d’un changement plutôt que de la forme d’une action.




    Après avoir sélectionné les images, je les ai numérisées puis détourées dans Photoshop. Les formes utilisées pour le détourage sont les formes de mes créations en céramiques. Le lien, quoiqu’intéressant, est, je crois, non nécessaire à l’appréciation des oeuvres. Remarquez, je parle de détourages, et je crois que ce projet est un bon exemple du procédé de décollage mis de l’avant par les affichistes. J’ai fait beaucoup de collages dans ma vie, mais la découverte des affichistes dans un projet de Léopold Foulem au cégep m’a ouvert l’esprit sur le processus particulier du décollage. Celui-ci contrairement au collage, propose une analogie plus exacte de ce que la vie nous offre.



    Alors que le collage procède par assemblage en superposant des éléments qui viennent cacher les précédents, le décollage s’apparente plus à la découverte qu’à la création en révélant justement ce qui est déjà présent. Or, il me semble, d’expérience et d’observation, que la vérité est contenue dans les choses, mais jamais ne les revêt. Suivant ce principe, celui qui veut connaître tente d’abord d’ouvrir afin d’en examiner la composition, l’organisation. La compréhension du fonctionnement d’un moteur débute lors de son démontage qui nous révèle alors l’ingénierie le mettant en mouvement, l’animant. C’est certainement le même processus que suit l’enfant lorsqu’il dissèque la grenouille, portant par contre cette fois la question au-delà des limites de la méthode : “Mais d’où provient l’existence intérieure des choses?” Cette recherche qui se traduit par l’ouverture ne révèle jamais autre chose que de la mécanique; rien dans la matérialité ne nous renseigne sur l’existence intérieure des choses sauf son absence de l’apparence directe.



    C’est en poursuivant notre recherche et en suivant la prescription scientifique que l’on apprend alors à isoler les éléments pour ensuite les détourner, les faire réagir, les observer dans un nouveau contexte. Par ce détachement, ce décollage, apparaît alors une vérité que l’ensemble cachait par la complexité de son organisation. Cette mise en lumière est exactement ce que la chasse et la pêche proposent. On détourne l’animal, on se détourne soi-même. Ce qui importe réellement dans cette expérience est le lien qui unit maintenant ces deux êtres et la résistance ontologique de ce nouvel état à la stabilité du décor environnant. C’est dans la trace que l’un laisse derrière lui en quittant le sentier battu qu’il peut s’apercevoir de sa propre existence intérieure et c’est en observant l’espace découvert laissé par l’autre maintenant déplacé que l’un peut voir la vérité. C’est dans cette distance, celle entre l’objet et son ombre, celle entre l’humain et les choses que la relation s'établit et existe. C’est dans celle-ci que la vérité se pose. Sans distance, il n’y aurait rien. Ni objet, ni ombre; ni chose, ni sens.






    La vérité et le savoir recherché résident dans cette distance, ce libre champ-chant du monde dans l’ouverture que l’on crée dans l’autre, dans la chose et dans sa place dans la réalité.